À quoi ça sert, un co-fondateur non-technique ?

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Tout d’abord, parlons un peu d’histoire, en l’occurrence, l’époque que j’aime qualifier de “préhistoire de la startup tech“ : il n’est pas loin le temps où des gens “business” sans l’ombre d’un intérêt pour la technique se fendaient d’une idée tech brillante qui allait révolutionner le monde. Il ne leur restait plus qu’à trouver “un codeur”, bien souvent imaginé comme un jeune homme barbu en manque d’imagination et vivant dans une cave, qu’ils paieraient timidement pendant que leur idée les rendrait, eux, immensément riches et célèbres !

Aujourd’hui, je ne sais pas au juste si ce sont les gens “business” qui ont acquis des talents “tech”, ou les geeks des cavernes qui ont acquis de la respectabilité business, mais le résultat est là : cette approche ne convainc plus personne, investisseurs comme fondateurs. Il est de connaissance commune que toutes les startups tech qui décollent ont des techs pour fondateurs principaux (voire tous les fondateurs), et que les profils “business” ne sont plus du tout indispensables pour lancer une startup tech (surtout s’ils ont des stéréotypes bien ancrés !)

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Image de Frits Ahlefeldt-Laurvig, CC BY-ND

Aujourd’hui, bien évidemment les non-techs ont compris qu’ils ne leur fallait pas "un codeur”, mais indispensablement un véritable co-fondateur technique ; mais bien souvent, même cette prise de conscience ne suffit plus. Une majorité écrasante des entrepreneurs de startups très très “early stage” que je rencontre à San Francisco et qui sont en recherche de co-fondateur(s) sont invariablement des non-techniques en recherche d’un co-fondateur technique. Une startup sans fondateur technique à la base est le cas typique de la startup tech qui ne se lance jamais.

Le résultat pour ces entrepreneurs non-techniques est bien souvent l’un de ces trois :

  • bien souvent, ils jettent l’éponge au bout de mois de recherche, abandonnent entièrement leur projet,
  • trop souvent, ils sacrifient le team-building et souvent la qualité de leur produit, pour sous-traiter dans un pays souvent bon marché par faute de fonds,
  • ou alors, ils décident de profiter de cette contrainte pour, un peu à contre-coeur certes, se lancer et acquérir ce savoir-faire technique eux-mêmes à leur manière (après tout, on ne naît pas technique, on le devient !)

J’admire le courage de ces derniers, qui finit toujours par payer au centuple : aidés de leur entourage, ils sortent bien souvent un MVP très imparfait, mais découvrent en même temps le fun qu’il y a dans la technique et dans la communauté tech. Qu’ils deviennent des passionnés (et CTOs de leur produit) ou choisissent de revenir plus tard à un rôle moins technique en embauchant un CTO, ils finissent par lancer un produit qu’ils comprennent mieux que personne, et ça n’a pas de prix !

De cette évolution des cultures, on serait en droit de se demander : mais alors, si les fondateurs non-techniques ne sont plus indispensables, pourquoi trouve-t-on quand même parfois quelques co-fondateurs non-tech aux côtés des co-fondateurs tech ?

La réponse courte est : parce que même s’ils ne sont effectivement plus indispensables, les talents non-techniques peuvent apporter un avantage concurrentiel non-négligeable à la startup, dont le succès est en grande partie le résultat de la conjugaison des talents de ses fondateurs.

Mais déjà, pourquoi un co-fondateur ?

Une question qui peut se lever de cette notion, et qu’on me pose souvent : mais à quoi sert un co-fondateur tout court ? Pourquoi ne pas se lancer seul ?

J’avais malheureusement dû sacrifier certains morceaux de l’interview de John Sheehan au montage, mais il y disait notamment qu’il avait fondé une startup seul dans le passé, et qu’il ne le ferait plus. Sa raison principale est que c’est un travail exténuant, et que dans les premières phases, lorsqu’il n’y a pas encore d’employé, la startup n’avance qu’à une occasion : lorsque vous avancez ; alors qu’avec un co-fondateur, votre startup est susceptible d’avancer à tout instant. L’autre raison est qu’il se juge très fort dans certains domaines, mais pas dans tous les domaines nécessaires à sa startup, et que le résultat (la qualité sortie par la startup) est bien meilleur que la somme de ses parts (la somme de ce qu’aurait été capable de faire chaque co-fondateur dans son coin).

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Image de Frits Ahlefeldt-Laurvig, CC BY-ND

Quelques cas pertinents où un co-fondateur non-tech peut apporter une valeur décisive

Si vous avez décidé de positionner votre startup dans une industrie en particulier, j’imagine que vous connaissez sans doute les rouages de cette industrie de l’intérieur (c’était d’ailleurs le conseil de John Sheehan, dans son interview : “work on something you know”). Ce que vous ne réalisez peut-être pas, c’est que vous êtes en compétition avec d’autres boîtes, qui ont construit un savoir-faire inestimable dans leur verticale depuis des années, souvent bien meilleur que le vôtre. Auquel cas, il peut vous être indispensable de lancer votre startup aidé d’un vétéran de cette industrie, qui connaîtra ses us et coutumes de l’intérieur.

Aussi, vous pouvez peut-être lancer votre produit sur un marché où il y a déjà d’autres startups en face de vous, mais vous voyez une opportunité dans le fait qu’elles maîtrisent mal leur communication. Auquel cas, un co-fondateur aux talents marketing peut faire toute la différence.

Ou votre produit aura besoin pour son lancement de certains clients privilégiés qu’il va falloir rencontrer, avec lesquels il va falloir négocier, et vous ne vous en sentez pas capable ? Un co-fondateur doué en commercial pourra alors vous apporter énormément

Que tirer de l’ensemble de cet article ?

  • si vous êtes / aspirez à être un co-fondateur non-technique, le retournement culturel suite à la “préhistoire” ne vous rend pas nécessairement pour autant préhistorique ! Déjà, faites l’effort d’apprendre à vous intégrer dans la culture tech, qui est très “intégrante” (beaucoup de nos interviewés le disent sur TechMeUp !) N’essayez pas de lancer une startup tech où vos talents n’apportent rien de spécial (même si vous pensez votre idée “révolutionnaire” et “the next Facebook/Twitter/Google” !). Et une fois que avez trouvé la startup parfaite où vos talents feront une différence, n’hésitez pas à faire comprendre aux co-fondateurs techniques que s’ils sont en effet les rois du monde de la startup tech ces temps-ci, ils peuvent avoir besoin de vous autant que vous avez besoin d’eux.
  • si vous êtes / aspirez à être un co-fondateur technique, c’est extraordinaire, et je vous applaudis pour la mise en oeuvre de vos talents durement acquis aux services de la révolution d’une industrie ! Mais restez humble, et rappelez-vous qu’une majorité écrasante des startups ne survit pas bien longtemps, et qu’une diversité des talents dans votre startup la renforcera de manière multiple. Réfléchissez à vos faiblesses par rapport à vos objectifs, et réfléchissez à la personne qui saura les combler.
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