Créer sa startup seul et la revendre à un géant : la folle aventure de Martin Destagnol

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Changer la façon dont les gens vont travailler dans le futur est ce qui le motive chaque matin en se rasant. Sa startup Folders a été rachetée par le géant Box mais Martin Destagnol a vécu avant l’expérience Plyce avec laquelle il a fait « toutes les erreurs possibles » ! Récit de ce self-made man de Paris à San Francisco, des chemins de traverse à la réussite.

1. Tu es entrepreneur/développeur ?

Je code depuis tout petit, j’ai commencé à développer à 15 ans avec une HP48, j’adorais l’idée de construire un programme, de voir l’exécution sous mes yeux, pour moi c’est un truc magique ! Pour le côté entrepreneur, j’ai d’abord monté une web agency qui s’appelait Majes en 2008, ce n’était pas une startup. Plyce est ma première startup.

2. Plyce est vraiment née avec les débuts de la géolocalisation, right ?

Oui, c’est assez amusant, quand j’avais mon agence web j’étais intéressé par lancer et investir dans une startup.  Je n’ai jamais véritablement trouvé les bons projets. En juin 2009, Steve Jobs a annoncé iOS 3 avec un potentiel infini via la géolocalisation. Ca rendait tout un tas de startups possibles, et j’ai donc commencé à développer Plyce à l’intérieur de Majes. Au bout de 6 mois, mon associé était davantage interessé par Majes et moi par Plyce donc nous avons divisé les rôles.

3. Comment as-tu fait face à la concurrence américaine ?

On s’est tous lancé en même temps effectivement. Au cours du développement, je me suis rendu compte que Foursquare s’était monté. Ce sont des idées qui n’attendaient que la technologie pour être réalisées. En janvier 2010, j’avais 5000 euros de côté pour Plyce et j’ai eu la chance de rencontrer Marc Simoncini et Xavier Niel.

4. Avec le recul est-ce que tu referais pareil ?

Je ferais rien pareil avec le recul ! J’ai fait toutes les erreurs possibles avec cette boîte, comme ne pas avoir de co-fondateur et d’équipe, je l’ai développé seul et lancé seul, je n’avais pas de business model, mais il y avait une vraie frénésie autour de Foursquare et ça a rendu les choses plus simples pour moi. J’aime cette phrase qui dit « A business without a path to profit is not a business, it’s a hobby ». C’était un peu ça Plyce ! C’est vraiment important de se poser ces questions.

5. Comment en es-tu sorti ?

Au bout d’un an on s’est rendu compte que c’était bien mais qu’il n’y avait pas de business clair avec cette application, donc on a pivoté. Je suis sorti en 2012 avec l’idée de monter autre chose de plus simple et de plus petit en terme d’objectifs.  Plus tu as des objectifs gigantesques et moins tu as de chances d’arriver. J’avais envie de faire un projet plus facilement atteignable. En sortant de Plyce j’avais testé des projets comme Reedian et du coup je me suis lancé sur Folders.

6. Avec Folders, il paraît que tu n’as même pas eu le temps de mettre l’appli sur l’App Store ?

Folders est parti du fait que j’étais un peu frustré par l’expérience utilisateur des services cloud sur mobile (Dropbox, Box, Google Drive). Je voulais une idée plus aboutie, plus travaillée. J’avais en tête le business model de Sparrow, c’est à dire une application simple, design, ergonomique. Et je voulais la vendre sur l’App Store aux utilisateurs du cloud. Je me disais que j’allais en vendre suffisamment pour rembourser mon investissement de départ. L’appli a donc été validée sur l’App Store mais jamais publiée ! Juste avant le lancement je me suis dit que c’était dommage de ne pas rencontrer les acteurs du Cloud. J’ai donc fait un saut dans la Silicon Valley et je me suis très bien entendu avec Box.  Nous avions les mêmes visions et mêmes priorités, on a vu une belle opportunité de bosser ensemble.

7. Pour tes deux startups, tu as avancé seul. L’une a marché, l’autre pas. Pourquoi ?

Il y a de grosses différences entre Folders et Plyce. Pour Plyce il fallait un énorme succès, pour cela il fallait toute une équipe. Folders est un produit beaucoup plus clair et défini.

Ensuite Plyce s’adressait à un marché qui n’existait pas encore. Il fallait lancer vite alors que Folders avait déjà d’autres acteurs, il fallait juste un produit super fini. C’était plus simple d’être seul.

8. De Paris à SF, d’entrepreneur à employé, comment te sens-tu ?

Quand on dit « employé » on croit que l’on perd ses libertés mais ce n’est pas le cas pour moi. Je suis toujours entrepreneur chez Box, avec une possibilité d’adresser le marché comme je n’aurai jamais pu le faire. L’entreprise – et ses 1150 employés  – est assez grosse pour toucher tous les marchés mais elle reste assez petite pour que chacun ait un impact dans la boite. J’apprends vraiment énormément chez Box, j’y suis vraiment heureux. Il n’y a pas un jour où je me lève et je ne pense pas à la chance que j’ai d’être là où je suis et de faire ce que je fais.

9. Un conseil aux entrepreneurs ?

On peut monter une entreprise n’importe où en France. La France est un beau pays pour entreprendre, l’important est de rencontrer les bonnes personnes qu’elles soient en France ou ailleurs. La France a un marché plus petit que les USA donc plus exigeant par rapport au business model. Si on pense à toutes les grosses startups qui ont réussi telles que Vente Privée, Meetic, Criteo, Price Minister, Blablacar, toutes avaient des business model très evolués, évidents dès le début. Je pense qu’en revanche lancer un réseau social en France, c’est chaud. Dans l’ensemble, je crois vraiment que lorsqu’on a une bonne idée on trouvera des fonds pour se lancer. Il faut être ouvert pour rencontrer des gens, les choses se font souvent de manière inattendue.

10. Que penses-tu de l’Ecole42 ?

C’est super, je suis admiratif de cette première génération d’entrepreneurs (dont Niel et Simoncini) qui réinvestissent dans le système, je pense que c’est le plus beau cadeau qu’ils pouvaient faire aux générations suivantes. J’en suis reconnaissant, je fais partie des personnes aidées au départ. En ce qui concerne 42, le développement ne s’apprend pas à l’école mais par la passion, donc centrer une école sur la passion et non un label est top. Tout le monde n’est pas fait pour Math Sup – Math Spé et se lancer via cette initiative est une excellente idée, je suis sûr que l’on aura de très bons développeurs à la sortie.

La prochaine personne à interviewer ?  

Nicolas Steegman de Stupeflix

Pour contacter Martin:

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