Du side project à Google: le fabuleux parcours d’Hoà V. DINH

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Super humble, super brilliant, super gentil: les adjectifs ne manquent pas pour décrire ce passionné d’informatique au parcours magistral qui en ferait rêver plus d’un. Apple, Amazon en passant par la réussite de Sparrow, un side project au départ finalement racheté par Google il y a deux ans après une reconnaissance mondiale de l’utilité de cette appli. Hoà ne se reposera pas sur ses lauriers, c’est sûr. En attendant, récit d’un parcours de dingue. 

Bonjour Hoà, peux-tu te présenter en 140 caractères ?

Mon nom c’est Hoà je suis né à Paris, d’origine vietnamienne. J’ai une passion pour l’informatique depuis très jeune. Je suis un ex-Apple, ex-Amazon ex-co fondateur de Sparrow et chez Google maintenant. Ca fait plus de 140 caractères du coup !

Tes débuts en programmation?

Je m’y suis mis vers 12 ans, ça a dû commencé par des petits jeux à programmer en basic j’imagine. J’ai dû au moins programmer un Tetris à deux joueurs sur un PC X86. Vers 17 ans, j’ai découvert qu’on pouvait programmer des calculatrices. Est-ce que c’était le début du mobile ? Je ne sais pas ! Mais j’ai commencé par des Casio qui pouvaient afficher quelques lignes de textes. Je suis ensuite passé à des Texas Instrument pour finir sur des HP 48.

Tes études : info ou pas ?

Non, j’ai fait des études génériques, j’ai suivi mes potes en classe prépa un peu comme un mouton. J’ai fait de l’informatique théorique j’ai notamment appris ce que c’est qu’un algorithme efficace ou non.  C’était très intéressant. Puis j’ai fait un concours grandes écoles, tu es parachuté dans une école dont tu fais le choix, je me suis alors orienté vers l’INSEIRB à Bordeaux , un choix plus axé sur l’informatique même si mon père me déconseillait cette voie car selon lui c’est un secteur où l’on tue son métier en automatisant les tâches.

Tu penses que c’est le cas ?

Ca n’arrive pas aussi vite mais on en voit les traces avec le HTML CSS qui permet aux gens qui n’ont pas de notions d’informatique d’ordonner à un ordinateur de faire des choses sans utiliser un langage info abscons.

Un événement marquant?

Un jour à l’INSEIRB, je montre mon code en langage C à un prof qui me dit que ce n’est pas très compréhensible : cet événement m’a permis de me remettre en question et de me forcer à toujours écrire le code le plus compréhensif possible.

Comment l’opensource te mène à Apple?

A ma sortie d’école, j’écris un composant opensource qui s’appelle Libetpan. Ce composant m’a permis de me faire repérer par un Bertrand Guiheneuf d’Apple, c’est un ancien grand ponte de l’open source qui avait initié un projet d’appli opensource très connu Evolution

Du coup en 2004, je me retrouve à travailler sur ICal qui se synchronisait à l’époque sur les téléphones mobiles dinosaures. Je suis resté 4 ans, une expérience très positive j’ai travaillé avec des gens très talentueux, j’y ai découvert le design d’interface graphique.

Ensuite c’est Amazon ?

Oui, puis après avoir initié le prototype de l’appli Iphone Kindle chez Amazon pendant un an et demi, j’ai rejoint une agence de com qui faisait du développement Iphone en tant que CTO. A cette époque, j’entends parler Remail, une boite aux US qui s’était faite rachetée. Ils utilisaient mon composant opensource Libetpan. 

L’appli a été mise open source après le rachat de Google et pas mal de monde a voulu créer des applications email basées sur ce code là. Je me suis dit qu’il y avait un truc intéressant à faire avec mon composant. Une idée me trottait dans la tête.

Comment se développe les prémices de Sparrow?

Des personnes de la communauté Mac internationale parlait de créer une appli mail open source, je suis rentré dans la discussion j’ai proposé de contribuer. J’ai créé un premier composant dédié à cette appli Letters. 

Le noyau du projet était plutôt freelance et n’avaient pas beaucoup de temps de s’y consacrer, alors le projet s’est effrité. Je me suis retrouvé avec ce composant et me suis dit que j’allais créer ma propre application sur Mac. Ma 1ère idée était d’amener toutes les fonctionnalités de Gmail sur le web dans une application native.  A l’époque Gmail était inutilisable sur l’application générique de Mac car les volumes générés par Gmail étaient beaucoup plus nombreux que ce que pouvait gérer Mac. Du coup j’utilisais l’interface web qui ne me plaisait pas trop, parce que sur un webmail la relation entre la page web et le contenu de l’ordi est toujours mal intégrée. Je me suis dit : « il faut avoir Gmail en appli native sans avoir les défauts du web ».

C’était quoi la démarche ?

Letters était dédiée aux devs, ils pouvaient customiser l’app comme ils voulaient. Moi je préférais viser des utilisateurs grand public, plus nombreux. Je voulais toucher le plus grand nombre et faire une appli qui plait. J’en parle alors à Dominique Leca qui me pousse un peu plus vers la simplicité. Il me parle d’un outil aussi simple que Twitter pour le mail. Sparrow était né.

Après Twitter, Sparrow ! (Sparrow signifie moineau)

Ca devait s’appeler Minimail au début. Dominique a un background marketing et voulait faire passer le sens de format réduit d’une manière plus subtile.  Twitter était passé par là pour donner un sens de simplicité aux oiseaux. Il est venu avec Sparrow et ça collait bien.

Comment décolle Sparrow ?

Dominique avait des contacts dans la tech aux US. Une personne du secteur de la pub a répondu qu’il serait bien d’en ajouter sur l’appli pour la rentabiliser et nous avait sensibilisé sur l’amélioration du design. On a considéré cela comme négatif. Je n’avais toujours pas créé de structure à l’époque. Donc on a bouclé le projet Sparrow en créant un site web pour télécharger l’appli gratuitement dans une version bêta mais acceptable selon nous.  On allait passer à autre chose quand on voit un super article qui parlait de Sparrow sur le blog Daring Fireball, une des références de blogs Mac. Je me souviens je dinais chez moi quand Dominique me téléphone pour me dire que Techcrunch avait aussi parlé de l’appli pour dire qu’on innovait dans l’email. Puis il y a eu des tweets toutes les secondes sur Sparrow, j’avais du mal à suivre. Je bossais la nuit pour corriger des bugs sur la version bêta. Au bout d’une semaine de grosse activité on s’est dit qu’il fallait monter une boite, on a trouvé des investisseurs dont Xavier Niel (c’était les débuts de Kima Ventures) puis créé la boite.

Comment s’est passée la levée de fond ?

On a levé 200 000 euros. On s’est dit on va pouvoir s’amuser à travailler sur ce qu’on aime faire pendant un an et si on fait cash out tant pis ! L’appli est devenue payante : 15$. Les gens payaient. On était déjà rentable, trois mois après la création de la boite. Finalement, on aurait pas eu besoin d’investissement mais tant pis c’est le jeu. C’est toujours rassurant et ça confirme que c’est intéressant ce que tu fais.

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Et le rachat par Google ?

On a continué à ajouter des fonctionnalités pendant un an. On est arrivé à un point où l’on voulait faire un saut plus grand, refaire une v2 sur Mac qui allait à nouveau changer la donne sur les mails. Il fallait qu’on embauche plus. Donc soit on aller chercher des investissements soit on faisait plus de revenus. On a choisi dans faire une appli Iphone sortie en mars 2012. Ce fut encore un gros buzz de presse. On a été contacté par email par Google dans le mois du launch.

Qu’est-ce qui te manque aujourd’hui?

Ce qui me manque c’est la bonne pression des débuts : si le produit n’est pas distribué dans les temps il y a des conséquences plus grandes que dans une grande boite.

Egalement, chez Google il y a beaucoup de gens talentueux. Mais avec au moins trente mille ingénieurs, ta contribution est moins évidente à voir que dans une startup de 5 personnes.

Prêt pour une nouvelle startup ?

Il faut une idée. J’ai envie de faire quelque chose sur l’email mais il faut trouver quoi. Combien d’emails tu reçois par jour auxquels tu n’arrives pas à répondre ? Tant que tu passes du temps à faire des choses inutiles sur ta boite mail c’est que tout n’est pas résolu.

Un conseil à donner ?

En général, trouver un sujet qui te plaît vraiment, et le creuser à fond. Ca permet d’apprendre beaucoup de choses. Pour les développeurs, je dirais que les projets open source ça aide pour le CV, tu peux jamais trop mentir sur le code.Quand j’épluche des CV pour recruter des dèvs, je regarde toujours si il n’y a pas un lien URL vers lequel je ne pourrais consulter leur code.

La prochaine personne à ITW ?

Martin Destagnol 

Pour contacter Hoà: Twitter

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