Guillaume Decugis, le monde de la tech sous tous les angles

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Guillaume connaît le monde de la tech sous beaucoup d’angles de vues : l’enseignement français et l’enseignement américain ; les grosses entreprises responsabilisantes et l’entrepreneuriat ; le succès de la revente de sa première startup à un géant américain, puis l’échec éducatif d’une startup qui n’a pas fonctionné, …

Il partage avec nous le ressenti et les leçons apprises de toutes ces intenses expériences !

Je suis Guillaume Decugis, le CEO et co-founder de Scoop.it. On est basés à San Francisco, et on a une partie de notre équipe à Toulouse. Scoop.it est une plateforme de contenus qui permet de découvrir, faire la curation et publier des contenus, pour alimenter ses blogs, ses réseaux sociaux, et développer son profil online.

Pourquoi l’équipe partagée France / US ?

C’est un modèle qui est super intéressant, parce qu’on a des super bons ingénieurs en France, et ici c’est pas facile de recruter des ingénieurs, qui ne sont pas toujours bons à cause de toute la surchauffe qu’il y a dans la Silicon Valley. Par contre, on n’a pas un marché en Europe qui est super fluide, la France reste un marché de taille moyenne, plus petit que les US ; on dit que l’Europe est un marché plus gros que les US, mais c’est cloisonné. Si tu es leader en France, les Espagnols s’en foutent, les Allemands s’en foutent, il faut que tu recommences à chaque fois.

Donc faire un modèle où les ingénieurs sont en Europe, et France en particulier, et les fondateurs, le marketing, le biz dev, le commercial sont en Silicon Valley, c’est un modèle qui est super efficace.

Ton parcours ?

Je suis ingénieur, j’ai fait Polytechnique ; je rêvais de finir mes études aux US, et j’ai été pris à Stanford pour y faire un master.

J’y ai découvert plein de choses, mais quelque chose en particulier. À l’époque, j’avais 22 ans, et je ne pensais pas pouvoir être entrepreneur, ça me semblait bien trop risqué ; pour moi, c’était comme jouer à la loterie, avec autant de chances de gagner, mais en perdant, tu perds ta maison, tu fais faillite à titre personnel. Quand on faisait une grande école en France il y a 20 ans, on ne t’incitait pas à prendre ce type de risque, puisque jusqu’à présent, on était ceux qui avaient réussi dans le système.

Je me suis retrouvé avec des gens à Stanford, donc tout aussi élitistes, mais eux voulaient prendre des risques, monter leur boîte, même s’ils avaient réussi dans le système. Et ça a changé ma vie.

J’avais envie de bosser dans la tech, et la téléphonie mobile était une industrie qui cartonnait en Europe, plus qu’aux États-Unis, donc je n’avais pas de complexe à quitter la Silicon Valley, puisque je rejoignais l’endroit au monde où la téléphonie mobile cartonnait le plus. Pendant 5 ans, j’ai eu plein de positions différentes, la boîte faisait confiance aux jeunes quand ils voulaient bosser beaucoup, je me suis retrouvé directeur d’usine à 28 ans.

Finalement, cette opportunité de monter une boîte est arrivée, j’ai rencontré Gilles Babinet et Nicolas Pelletier, et on a monté Musiwave, la première plateforme de téléchargement de musique pour les opérateurs mobiles. On était en B2B, mais c’était Orange Musique, T-Mobile Musique, Vodaphone Musique, … On faisait tout, de la sonnerie à la musique complète. Après beaucoup d’opiniâtreté, ça a fini par cartonner. Pour faire court, ça a fini par devenir la plateforme de musique de Microsoft. Ça a été une belle sortie, une belle acquisition.

Puis, j’ai rencontré Marc Roger, mon associé actuel, et on a décidé de bosser ensemble sur un projet mobile, qui s’appelait Goojet, et qui là, par contre, n’a pas du tout marché. On a fini par pivoter sur Scoop.it, et c’est pour ça qu’on est revenus dans la Silicon Valley, en réfléchissant aux problèmes qu’on avait envie de résoudre. On sentait qu’il y avait des choses à faire autour du contenus et du social media. Goojet nous a servi à apprendre plein de choses, on voyait qu’il y avait des expériences sympas à créer autour du partage de contenu. On s’est dit qu’il fallait aller là où ça se passe, où le marché se crée ; le marché du social media et du contenu ne se crée pas en Europe, mais dans la Silicon Valley, où il y a Twitter, Facebook, LinkedIn, …

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Un conseil ?

Le conseil que je donnerais, c’est que le plus grand risque qu’on peut prendre, c’est de ne pas en prendre. C’est de penser qu’en ne prenant pas de risque à court-terme, ça paiera à long terme ; alors qu’à long terme, il n’y a que la prise de risque qui paie. Je pense que c’était pas vrai il y a 20 ans, 30 ans, 40 ans, … Aujourd’hui, je m’aperçois que les copains qui ont essayé de faire carrière dans la même boîte se retrouvent fortement challengés à 40 ou 45 ans, quand ils se retrouvent dans un plan social alors qu’ils sont restés 15 ans dans la même boîte. Finalement, ils ont pas tellement travaillé leur employabilité.

À propos de la culture tech ?

Ce qui m’a attiré dans la tech, et que je définirais comme le point commun de la culture tech, c’est une envie de faire, de créer. Je rapproche ça de ma culture d’ingénieur, en faisant mes études, j’avais cette envie de faire les choses. La chance qu’on a eue ces 20 dernières années, c’est que le temps de faire les choses a considérablement été raccourci. Quand on montait des boîtes dans la Silicon Valley en 1995, même si c’était du software, et qu’on avait l’impression que ça allait super vite, la boîte mettait 2 ans à se lancer. Aujourd’hui, YCombinator, les incubateurs, ça dure quelques semaines ou quelques mois, il y a des boîtes qui se lancent en 3 mois, et qui cartonnent en 3 mois.

Ce qui caractérise la culture tech, c’est qu’il y a un avant et un après. Quand on fait des services ambitieux, des sites web, des apps, ou même dans la biotech, ou dans la médecine, il y a un avant et un après. Parfois l’après, c’est un service qui se plante, mais au moins, on fait aboutir un rêve qu’on a, on avait envie qu’un service comme ça existe. Et au lieu d’attendre que quelqu’un le crée, on se dit : “Bah tiens, on pourrait se mettre à plusieurs, et le faire”. Quand on y arrive, on est déjà contents ; mais quand en plus, il y a des gens qui l’utilisent, ça finit par marcher, et on crée un modèle, c’est ça qui est génial.

Qui interviewer ?

Je pense à Franck Nouyrigat, le CTO et co-fondateur de Startup Weekend. Quand j’ai entendu parler de Startup Weekend, je pensais que c’était une blague. J’étais entrepreneur depuis longtemps, et je découvre ces mecs qui veulent faire des événements pour monter une startup en un week-end. Pour moi, une startup, on ne pouvait monter ça en un week-end, ça prend beaucoup plus de temps. Et en fait, c’est lui qui a raison ! On ne monte pas vraiment de startup en un week-end, mais ces événements de quelques jours, où les gens se mettent ensemble et apportent une énergie folle, fait démarrer des aventures. Je pense qu’il aura des choses à dire.

Pour contacter Guillaume : Twitter, LinkedIn

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