Le jour où les “startups tech” n’auront plus de sens

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Si le terme de “startup tech” est fortement colporté aujourd’hui, il est très probable qu’il tombe complètement en obsolescence dans les années qui viennent. Cette notion est communément discutée sur les blogs californiens et rarement abordée sur les blogs francophones, mais elle me semble essentielle pour que nos entrepreneurs francophones comprennent leur marché actuel et ce vers quoi il tend.

C’est pourtant logique : cette génération de startups nous prouve continuellement qu’une orientation fortement tech chez un compétiteur est susceptible de retourner une industrie. Ce n’est pas tiré par les cheveux d’imaginer qu’une énorme quantité des industries d’aujourd’hui va rencontrer son “Uber” de plein fouet, qui utilisera la tech comme avantage compétitif pour rester lean et proposer une meilleure expérience utilisateur, et que la plupart de ces histoires reste à écrire. En se projetant un peu plus, on peut imaginer un paysage business où le caractère central de la culture tech au sein de l’entreprise ne sera plus une exception, mais la norme nécessaire, pour les startups comme les leaders de marché. Et comme tout le monde sera “tech” par essence, il n’y aura plus de sens à désigner qui que ce soit comme “tech” en particulier.

Pour copier honteusement la métaphore d’un article que je lisais (et que je ne retrouve plus !), appeler Uber une boîte tech une fois cette transformation culturelle passée reviendrait au même que de l’appeler une boîte “multiprise”, parce que les gens en interne utilisent des multiprises !

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Image de Frits Ahlefeldt-Laurvig, CC BY-ND

Même si cette réflexion s’inscrit dans le long terme, je propose toujours aux entrepreneurs de “startups tech” actuelles de prendre le temps de la considérer dans l’évolution à venir de leur bébé, et d’envisager la transformation culturelle de leur business à travers cette étape. Cette mise en perspective permet notamment de définir plus clairement qui seront les compétiteurs à long terme.

Cela dit, inutile de se prétendre demain et de définir des virages aujourd’hui, nous sommes toujours en 2014, l’ère de la “startup tech”, et le propre d’une startup à un instant T, pour garantir une croissance optimale, c’est de s’adapter très exactement à un besoin strictement actuel ! D’ailleurs, mêmes les disrupteurs visionnaires d’aujourd’hui l’ont bien compris. Il y a quelques mois, j’ai au la chance de discuter avec Daniel Jacobson, le VP Engineering de Netflix, et il me disait que Netflix se définit aujourd’hui à 100% comme une “boîte tech”. Dans le paysage de 2014, c’est pertinent : initialement née du business de l’expédition de DVD par la poste (et donc non-tech à l’origine), Netflix est consciente qu’elle a encore beaucoup d’innovation technique à développer, et se doit d’attirer aujourd’hui les meilleurs ingénieurs vers cette culture, en profitant du fait qu’en 2014, elle n’est pas encore en place chez ses concurrents.

D’une manière plus large, cette prédiction permet aussi aux profils techniques de dormir sur leurs deux oreilles quant à l’avenir des métiers tech. La “banalisation” de la tech au coeur de toutes les stratégies nécessitera de plus en plus de profils techniques dans de plus en plus d’industries, et surtout dans des rôles de plus en plus en plus critiques sur l’ensemble des verticales de l’entreprise.

Mais l’enseignement que j’en tire et que je préfère, c’est que nous vivons une époque formidable. Lorsque ce virage aura été pris, on parlera encore de cette époque extraordinaire où toutes les industries ou presque étaient encore à “disrupter”. Peut-être qu’un point de départ pour votre inspiration, c’est de suivre le conseil de Kevin Systrom (le co-fondateur d’Instagram), et se concentrer sur quelque chose que les gens adorent faire (pour s’assurer d’avoir des utilisateurs intéressés), et d’utiliser la technologie pour “supprimer des étapes” ? Ou de suivre les conseils de Paul Graham, et se projeter dans un monde meilleur, où l’un de vos problèmes est résolu, quitte à devoir tendre à devenir un “peintre parfait” ?

Une chose est sûre : si vous avez la conviction que votre idée de startup tech peut secouer une industrie, et intéresser des utilisateurs, lancez-la aujourd’hui. Demain, il sera sans doute trop tard, et votre “startup tech” d’aujourd’hui n’aura plus de sens.

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