Mathieu Ghaleb, la superstar de l’ombre

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Front-end développeur depuis 9 ans, le parcours de Mathieu Ghaleb était loin d’être tout tracé. Il a eu la gentillesse de nous raconter sa carrière brillante avec une humilité monstrueuse. Voici son récit ainsi que des tonnes de conseils pour ceux qui aimeraient suivre ses pas.

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Mathieu, peut-on dire que toi et l’informatique ça n’a pas été immédiat ?

Oui, c’est vrai j’ai un parcours un peu chaotique et je ne me suis pas tout de suite orienté vers l’informatique. A la sortie du bac, j’ai commencé par suivre des études d’architecture à L’Ecole d’Architecture de Versailles. Le cursus est vraiment passionnant et je me suis ouvert à pleins de domaines différents. J’y suis resté 5 ans mais petit à petit c’est devenu de plus en plus compliqué pour moi. Je crois que je n’étais pas totalement en phase  avec les exigences de l’école et même si le métier d’architecte m’aurait vraiment plu au bout d’un moment je n’y arrivais plus et j’ai dû finir par reconnaître que ce n’était pas ma voie.

On peut dire qu’Amstrad t’a sauvé ?

Peut-être ! Plus jeune vers 10 ans, j’avais commencé à programmer seul sur un Amstrad CPC6128 en Basic, grâce à un bouquin livré avec l’ordinateur. A l’époque, je m’amusais à créer des mini jeux. Lorsque j’ai commencé à chercher une nouvelle voie dans mes études, j’ai redécouvert le code, ce qui m’a décidé à complètement me réorienter. Quand tu ne sors pas fraichement du bac et que tu as déjà une première orientation, de nombreuses portes te sont fermées. En l’occurrence, c’est un copain d’enfance qui m’a parlé d’Epitech et j’ai vite été séduit par le type de formation qu’il proposait. Il faut dire aussi que ce sont quasiment les seuls qui m’ont laissé ma chance.

Qu’est-ce que t’a apporté Epitech ?

J’y suis rentré à 23 ans quand beaucoup d’étudiants en avaient 18. Mais ce ne fut pas un problème et j’y ai rencontré des étudiants incroyables. Le travail collaboratif est primordial et on travail quasi exclusivement en équipe comme on le fait en entreprise.

A Epitech la pédagogie est particulière par rapport aux formations classiques. Le but n’est pas de faire des supers étudiants mais des supers employés pour la suite. L’école te plonge dans les mêmes conditions que celles que tu retrouveras plus tard dans ta carrière professionnelle et on ne t’explique jamais comment tu dois faire les choses. C’est à toi de te débrouiller et de trouver des solutions pour répondre au cahier des charges.

Ce qui t’as le plus marqué ?

La rencontre d’étudiants tous plus doués les uns que les autres. J’avais un petit complexe, je n’avais pas fait d’informatique depuis très longtemps et beaucoup avaient une culture générale informatique plus étoffée que la mienne. Donc j’ai travaillé dur pour ne pas être largué.

Le rythme est marquant également : on travaillait comme des fous, au minimum 80 heures par semaine. Parfois jusqu’à 125/130h par semaine. Tu te réveilles le matin après avoir dormi 2 heures sur le clavier et tu peux quasiment voir marqué QWERTY gravé sur la joue !

Et tu as réussi une vraie prouesse…

Oui, celle d’avoir une vie de famille en parallèle ! J’avais déjà rencontré ma future femme à cette époque là et j’ai même eu ma première fille pendant mes études. J’étais un peu un ovni dans l’école d’autant qu’on te dit d’entrée de jeu qu’une vie personnelle est très compliquée à gérer à Epitech.

Quand as-tu découvert ton esprit startuper?

A la fin de mes études je ne savais pas encore que j’avais l’âme d’un startuper. J’ai fait des stages dans de grosses structures telles que La Caisse d’Epargne et Dassault Systèmes.

En 2005, pendant notre 4ème année à Epitech, l’un de mes binômes, Kamel Founadi, a commencé à travailler pour deux entrepreneurs : Rodrigo Sepúlveda et Ivan Communod. Au bout d’un mois, Julien Barbier et moi l’avons rejoint et c’est comme ça que nous avons commencé à travailler sur le projet Vpod.tv, un service de streaming vidéo du style Youtube et Dailymotion.

En quoi le projet Vpod.tv a-t-il été une révélation ?

L’expérience Vpod a été une vraie continuité avec mes études : je travaillais avec mes binômes dans une super ambiance. Au bout de 6 mois on a réussi à lever 5,1 millions de dollars …  C’était assez euphorisant et c’est à partir de ce moment là que j’ai compris que c’était possible de réussir professionnellement en développant avec ses potes et en faisant ce qu’on aime. La solution technique reposait sur 3 personnes alors forcement ton travail devient essentiel et c’est bien plus valorisant que dans une grosse structure. Ce que je développais chez Vpod était directement utilisé. Ca a été un vrai déclic pour m’épanouir et j’ai compris que je ne voulais pas changer de typologie d’entreprise.

Et puis tu as croisé la route de Jonathan Benassaya ?

Oui, Jonathan Benassaya (cofondateur de Deezer) est venu me chercher pour travailler avec lui sur son nouveau projet : Plizy. Il voulait réussir dans la vidéo comme il l’avait fait dans la musique avec Deezer. Il a monté une équipe incroyable : Laurent Cerveau (un ancien d’Apple), Pierre-Yves Ritschard, Steeve Morin,  Julien Duponchelle et plein d’autres. Le projet Plizy est devenu StreamNation et la société c’est délocalisée à San Francisco. De mon côté avec ma vie de famille, j’ai fait le choix de rester en France. Du coup après deux ans et demi, j’ai rejoint la startup Wisembly.

Qu’est-ce que Wisembly ?

Wisembly est une plateforme qui permet de rendre interactif les conférences, les séminaires ou les réunions en entreprise. Le public participe à la conférence directement depuis son device, en utilisant son canal de communication préféré: sms, tweets, applis, etc. C’est un outil de gestion d’interactions qui permet de libérer la parole de ses collaborateurs.

Qu’est-ce qui change pour toi ?

C’est la première boîte où je ne suis pas arrivé dès le début du projet. La startup avait déjà 2 ans et demi quand je les ai rejoins.

Romain David, le CEO, m’a contacté sur Linkedin il y a plus d’un an. C’était la première fois que je répondais à une annonce Linkedin. Bien m’en a pris ! Il est arrivé au bon moment dans mon parcours professionnel.

La startup après deux ans était déjà profitable, tout en étant autofinancée depuis le départ, ce qui est assez rare. Le produit était déjà sorti et ils avaient des clients heureux. Et c’est exactement ce dont j’avais besoin à l’époque. C’est un très bon mix entre un esprit startup et un côté plus confortable.

Quel fut ton challenge technique ?

Quand je suis arrivé, on m’a demandé de tout refaire au niveau du front; ils travaillaient avec le framework Backbone.js mais l’applicatif Javascript n’était pas vraiment leur point fort. Mon rôle a consisté à développer une nouvelle architecture autour de Backbone.js qui puisse répondre à nos besoins tout en essayant de conserver la philosophie d’origine du framework. Travailler pour Wisembly est un vrai plaisir. L’ambiance est super détendue et les 3 co-fondateurs sont vraiment des mecs biens avec la tête bien faite. Et pas grosse sur les épaules !

Tu as une histoire avec Javascript ?

A l’école j’étais celui qui avait le sens artistique le plus développé. J’aimais travailler sur l’ergonomie, penser aux interfaces et à chaque projet contenant une partie graphique, j’étais celui qui s’y collait.

Avant Vpod je n’avais jamais bossé avec des technos web. Cette fois encore je me suis attaché à la partie visible, à la partie front du projet et c’est comme ça que je me suis retrouvé à faire du Javascript pour la première fois. Il y a 9 ans, le JS n’était pas un langage très noble et presque personne ne l’utilisait pour développer de vraies applications comme on avait décidé de le faire chez Vpod.

Depuis, le web a déferlé sur le monde de l’informatique et de plus en plus de monde a commencé à s’intéresser au Javascript. Aujourd’hui le JS est devenu incontournable. J’ai un peu moins honte aujourd’hui de dire ce que je fais !

Pourquoi les serial entrepreneurs viennent te voir toi ?

Je dirai que j’ai eu de la chance. Lorsque les gens se renseignent sur moi sur Internet, ils ne trouvent pas grand chose, je n’ai aucune visibilité. Je n’ai pas de projet personnel hyper médiatique.

J’ai rencontré les bonnes personnes quand j’ai commencé et j’ai juste essayé de toujours bien remplir la fonction pour laquelle on m’employait. C’est un petit milieu où tout le monde se connaît et j’ai plutôt un bon bouche à oreille.

NDLR : on n’a pas trouvé grand chose sur Internet en effet, mais quand même une belle pépite !

Est-ce qu’une expérience internationale te manque?

(long silence) Ca me faisait un peu rêver de voir tous mes copains partir à San Francisco et réussir là-bas. J’adore la ville, la météo, les conditions exceptionnelles. J’ai eu l’occasion de partir travailler là-bas mais j’ai choisi de rester en France. Je ne le regrette pas car je suis très bien ici. A Paris il y a vraiment de belles boîtes et il y a moyen de se faire plaisir. On verra pour la suite.

Un conseil ?

Cette question est compliquée!  On a besoin de monde, il ne faut pas hésiter, j’ai récemment rencontré des étudiants de l’école 42. Ils avaient pas mal des questions sur la suite de leur carrière, et ce qui est sûr c’est qu’ils n’ont aucune raison de s’en faire. Il y a énormément de boulot, surtout si vous êtes bons. L’informatique est un des derniers rares secteurs où il peut encore y avoir des histoires extraordinaires. On peut être autodidactes extras, ne pas avoir son bac et réussir ;  on on n’a pas besoin d’avoir un parcours incroyable derrière soi. Il suffit d’aimer ce que l’on fait, ne pas compter ses heures, avoir ça dans le sang et derrière tout suit. Si l’informatique est vue comme une passion on réussit de manière exceptionnelle.

Un truc à refaire ?

Dans les startups que j’ai faites, je referais les 3. Sinon j’aurai aimé me plonger plus rapidement dans l’informatique. Même si je suis sûr que mes études d’archi m’ont apporté beaucoup, j’aurai aimé gagner ces 5 années. Ma situation aurait été différente, et j’aurai peut être été moins frileux pour créer ma propre boite. Mais j’ai vécu tellement de belles choses au niveau personnel que je ne peux pas me plaindre. Et puis je n’ai que 35 ans tout n’est pas fini !

Un langage à découvrir ?

Il faut être hyper curieux, tout va tellement vite. Ce qui est hype aujourd’hui sera peut être dépassé dans 6 mois. Tout peut être remis en cause du jour au lendemain. L’essentiel est de rester ouvert à tout.. Personnellement je regarde autant que possible ce qu’il se fait ailleurs et je suis très enthousiaste  vis-à-vis des frameworks ember.js et angular.js.

Qu’est ce qui a fait ta différence ?

Quand j’ai commencé, j’ai souvent eu le sentiment de ne pas être à la hauteur face à certaines personnes extrêmement douées techniquement. Mais avec l’expérience, j’ai compris que l’on pouvait aussi faire la différence sur d’autres aspects : la rigueur, la fiabilité, la compréhension du produit et du business… C’est là que j’essaie de marquer ma différence par rapport à la technicité. Au final il est plus facile pour une boîte de s’appuyer sur quelqu’un de fiable que sur quelqu’un d’hyper talentueux mais peu rigoureux.

Prochaine personne à interviewer selon toi ?

Steeve Morin

Pour contacter Mathieu : Twitter, Linkedin

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