Michael Ferranti, responsable marketing à Mailgun, nous parle de son départ prochain vers la France

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À contre-courant des déclarations apocalyptiques de la presse française qui pointent régulièrement du doigt une pseudo “fuite des cerveaux”, Michael a construit toute sa carrière aux États-Unis mais entend bien partir très prochainement à l’assaut de la scène startup hexagonale.

En plus de ses plans passionnants, il a un parcours très atypique (ex-chef cuisinier, ex-employé de banque, ex-étudiant en philosophie, …), qu’il nous expose avec le calme qui le définit.

Je m’appelle Michael Ferranti, je travaille pour Mailgun, de Rackspace, on est une API de mailing pour développeurs, et je travaille à San Francisco, CA.

Mailgun est une API de mailing pour développeurs. Tout le monde qui crée un site web, une application, doit envoyer des mails à un moment ou un autre. Si vous avez des utilisateurs, et ils ont des comptes, habituellement ils ont un mot de passe sur leur compte, s’ils oublient le mot de passe, vous devez leur renvoyer par mail. Mails de bienvenue, mails de “lifecycle”, newsletters, campagnes promotionnelles ; toutes ces choses utilisent l’e-mail.
Nous apportons aux développeurs une manière très simple d’interagir avec ces e-mails via une API.

Quel est ton parcours ?

Mon parcours est relativement inhabituel, je dirais. J’ai commencé ma première carrière comme chef cuisinier, j’ai travaillé dans des restaurants pendant 7 ans, dont un été à Paris.
Quand j’ai décidé que je ne voulais plus faire ça, j’ai commencé à me demander ce que j’allais faire de ma vie. J’ai fait un master, parce que j’étais intéressé par la philosophie et les sciences politiques, donc j’ai suivi mon master pendant un moment, et j’ai décidé qu’être prof ne serait pas mon truc non plus.
(Tu commences à comprendre un peu comment je pense, j’adore apprendre, essayer des trucs nouveaux.)
J’ai fini par des chemins détournés à Rackspace, qui est une compagnie où je suis depuis 5 ans maintenant. J’ai eu de la chance de rejoindre Rackspace à un moment de croissance incroyable et explosive, l’industrie en général changeait tous les jours, c’était tellement passionnant pour moi ; même si ma personnalité est d’aimer faire beaucoup de choses différentes et de m’ennuyer vite si je fais toujours la même chose, on grossissait tellement vite que je n’ai jamais eu l’occasion de m’ennuyer, parce qu’il y avait toujours des opportunités sur lesquelles travailler.

Qu’est-ce qui est cool à propos de travailler à Rackspace ?

Je pense que le meilleur truc à Rackspace pour moi, c’est l’accès direct à nos leaders. J’ai travaillé dans des banques par exemple, et quand tu travailles dans une organisation financière, il y a le PDG, que la plupart des employés n’ont probablement jamais vu de leur vie, et s’ils l’ont vu, ils n’ont certainement jamais eu une conversation avec lui à propos de stratégie business. Rackspace est l’opposé. Nous sommes traditionnels, dans le sens d’une boîte tech de 5 à 10 ans, avec open spaces, tout le monde travaille dedans y compris le PDG.
J’ai une personnalité qui fait que quand je pense quelque chose, je le dis, plutôt que de garder ces sentiments et opinions ; au début, j’ai fait ça, et je m’attendais à recevoir… pas nécessairement une leçon, mais plus : “Merci pour votre opinion, nous la prendrons en considération”.
Ce que j’ai compris assez rapidement chez Rackspace, c’est que si je prenais le temps de composer un argumentaire bien pensé, comme quoi nous faisions quelque chose que nous ne devrions pas faire, ou que nous ne faisions pas quelque chose que nous devrions faire, et si je l’envoyais à notre président, je recevrais une longue réponse bien expliquée… principalement pour défendre la position actuelle, expliquer pourquoi on fait les choses comme ça, et la plupart du temps, ça ma convaincu que je me trompais, et qu’ils prenaient les bonnes décisions. Mais je n’aurais jamais pensé qu’une compagnie de 5000 ou 6000 personnes aurait une équipe exécutive si ouverte.

Nous avons entendu dire que tu as un plan pour très bientôt ?

Je vais déménager en France.
C’est quelque chose que j’avais en tête depuis très longtemps, je suis un francophile depuis toujours, je vous ai dit que j’avais été chef cuisinier, et l’un des raisons de mon envie de cuisiner était la culture et nourriture française, et toutes les raisons stéréotypées que tu imagines. Je fais des voyages en France depuis longtemps, j’ai fini par épouser une Française ; nous vivons aux États-Unis depuis 10 ans, et c’est comme un rêve d’aller en France.
Je ne pensais pas que je pourrais le faire professionnellement, le stéréotype aux US est que l’économie française est en morceaux, il n’y a pas un esprit d’entrepreneuriat, d’innovation, des trucs comme ça… Quand j’ai déménagé ici dans la Baie de San Francisco, il y a 60.000 Français dans la Baie, j’ai rencontre des tonnes d’entrepreneurs français très passionnés, intelligents, passionnants ici, et ça m’a convaincu qu’il y a un écosystème vibrant en cours de construction en France ; et quelque chose qui m’excite beaucoup, c’est que je peux faire partie de sa construction.
J’apporte avec moi beaucoup de talents que j’ai appris ici, à propos de la construction d’entreprises, du marketing, du commercial, … Je pense qu’il y a un écosystème tech émergent excitant en France, et je serais très excité d’en faire partie.

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À propos de culture tech à San Francisco?

San Francisco est un endroit vraiment unique, il y a une combinaison de forces qui en font ce que c’est.
Je pense qu’en particulier autour de la culture tech, ce n’est pas aussi unique que les gens pensent. Par exemple, j’ai travaillé pour la même compagnie dans 3 villes différentes, Rackspace à Blacksburg en Virginie, San Antonio au Texas, et maintenant San Francisco en Californie. Déjà, nous ne sommes pas une compagnie née à San Francisco, nous sommes nés à San Antonio au Texas, et San Antonio est un peu l’antithèse de ce que les gens imaginent de San Francisco. Déjà, c’est au Texas, et puis ce n’est pas vraiment vu comme une ville innovante, et pourtant Rackspace est né de cette ville.
Je pense que ce que San Francisco a, c’est un écosystème où c’est vraiment facile de rencontrer des gens qui font des choses vraiment intéressantes. Individuellement, tu peux prendre quelqu’un qui est vraiment à fond pour réussir, et tu peux le mettre n’importe où au monde, et il réussira. Ici, à San Francisco, je pense qu’il y a des éléments qui facilitent ça, mais ça ne veut pas du tout dire qu’il faut être à San Francisco pour avoir du succès avec ta startup. C’est vraiment facile d’obtenir des rencontres avec des gens qui font des trucs intéressants, les rencontrer dans des cafés, je pense que c’est l’une des valeurs les plus énormes pour être à San Francisco : le réseau qu’il y a ici, que tu n’as pas besoin de chercher.

Un conseil ?

Mon meilleur conseil, je pense, serait de toujours “mordre plus que ce que tu peux mâcher”. Ça signifie : sors régulièrement de ta zone de confort, n’assume pas que la réponse à ta question est non. J’avais un boss avant, à qui j’ai demandé s’il pensait que je devrais me proposer pour un nouveau job ou pas, et j’avais lu la description, remarqué que j’étais sous-qualifié, je m’étais dit : “celui-ci m’intéresse, mais je ne vais pas postuler, parce qu’ils demande xyz, et je n’ai pas xyz”. Il m’a dit :
“Ne fais jamais ça. Laisse les gens te dire non, ne te dis pas non à toi-même, parce que si tu commences à te limiter, tu seras un critique bien plus difficile que les autres gens ne seront.”
Et ce dont je me suis aperçu dans ma carrière, et dans les affaires, c’est qu’il fallait partir du principe que la réponse serait oui, et s’apercevoir que c’est non quand tu as parcouru tout le chemin, et bien souvent tu seras surpris de la distance que tu es capable de parcourir.

Qui interviewer?

Une personne intéressante avec qui parler serait Alex Polvi. Alex est un entrepreneur en série dans la Baie, qui a démarré une compagnie qui s’appelle Cloudkick, qui s’est faite racheter par Rackspace. Ils ont fait YCombinator, et il travaille maintenant sur une nouvelle compagnie qui s’appelle CoreOS, qui est un OS pour un datacenter entier. Comme Linux est un OS pour un serveur seul, CoreOS est un OS pour tout un datacenter.

Je pense que c’est quelqu’un qui comprend très bien comment la technologie fonctionne, à un niveau vraiment fondamental, et peut créer des businesses qui résolvent ces besoins, je ne pense pas que qui que ce soit fasse des choses aussi intéressantes qu’Alex ces jours-ci.

Pour le contacter: Twitter.

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