Nathan Barraille, Lead Developer à SlideShare

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Quand nous avons rencontré Nathan, c’était un moment-clé pour lui, car la toute première application Android de SlideShare, dont il est le lead developer, venait tout juste de sortir.

Il n’en est pas à son premier tango, puisqu’il est aussi derrière UXArchive, un site qui fournit de l’inspiration par l’exemple aux designers d’applis mobile.

Il nous raconte son parcours et sa vision de la Silicon Valley, sans détour et avec une grande franchise.

Le texte ci-dessous est un transcript de la conversation.

Je m’appelle Nathan Barraille, je suis développeur chez SlideShare, qui s’est fait racheter par LinkedIn en Mai 2012. Récemment, je travaille sur l’application mobile Android de SlideShare qu’on a lancée mercredi dernier, je suis le Lead Developer sur cette application.

SlideShare, c’est un réseau social pour présentation professionnelle. Le principe, c’est que les utilisateurs vont uploader des powerpoints, des PDF, etc., en général c’est le genre de documents que les gens présenteraient à des conférences, meetings professionnels ou encore des documents purement orientés marketing. SlideShare est la plus grosse base de données de présentations au monde. Nous avons 15 milliards de pageviews depuis qu’on a été créés, 60 millions de visites uniques chaque mois et dans le top 120 des sites les plus visités au monde.

Quand on a commencé à créer l’appli on s’est un peu dit : “qu’est-ce qu’on va faire, est-ce qu’on veut une appli qui reflète tout ce que fait SlideShare, ou est-ce qu’on va juste prendre une toute petite partie ? Quel est le MVP (Minium Viable Product)  pour commencer cette application ?” On s’est finalement basé sur la partie consommation de contenu.

Ton parcours ?

Je viens de Toulouse en France et je suis allé à l’école à l’ENSEEIHT, c’est une école d’ingénieur qui fait informatique, télécoms, etc qui fait partie de l’INP. Puis, j’ai réussi à trouver un VIE pour aller à Washington pour une filiale du CNES. J’ai vraiment eu de la chance parce que mon boss me l’a dit après, je faisais partie des 100 personnes qu’ils ont interviewées pour le poste. Ça m’a vraiment permis de mettre le premier pied aux États-Unis et c’est vrai que sans ça, je ne suis pas sûr que j’aurais réussi à venir ici. Puis à la fin de mon VIE j’avais envie de rester, j’avais vraiment passé les six derniers mois à chercher à continuer. Je pense que c’est plus facile quand on a déjà un pied dans le pays de trouver une boite pour faire un H1B.

Pourquoi SlideShare ?

Au niveau de la structure de SlideShare, je trouve qu’on a une taille vraiment parfaite, c’est vraiment un sweet spot entre le reach que tu as et la taille de la team, et donc ton impact. Parce que quand tu vas travailler chez quelqu’un comme Google, tu vas reacher des milliards de personnes, mais par contre ton impact est minime… un designer chez Google il va travailler sur une page, un bouton d’une page etc., du coup c’est un peu frustrant ; et quand t’es dans une startup, un truc où il y a peu d’employés c’est un peu l’effet inverse, c’est-à-dire que tu construis un produit depuis le début et c’est super excitant, mais en même temps t’as un reach qui est super limité et tu vas avoir quelques milliers d’utilisateurs et c’est tout. Et là du coup, avec SlideShare on travaille un peu comme une startup, on a pas peur de casser et vraiment d’aller vite, et on a pas énormément de procédures mais en même temps on a quand même une grosse userbase, du coup un reach assez intéressant.

Qu’est-ce qui t’a le plus surpris ici ?

J’avais l’impression qu’en regardant un produit de l’extérieur, t’as un espèce de mythe qui se forme autour de ce produit et tu te dis: “les procédés doivent être vraiment super brossés, la codebase doit être vraiment parfaite”, tu regardes le produit et t’as l’impression que ça doit être d’une professionnalité exemplaire ; et en fait tu vas dans le produit et tu te rends compte que c’est partout pareil, rien n’est parfait, et c’est toujours un peu des gens comme toi et moi qui travaillent dessus.

Pourquoi San Francisco ?

La raison pour laquelle j’ai choisi de venir à San Francisco c’est qu’ici au niveau de l’industrie dans laquelle on est c’est le paradis. À la base je réalisais pas autant avant de venir donc du coup je m’étais dit peut-être New York, peut-être un grand pôle quoi, et finalement maintenant que je suis ici je me dis : c’est ici et pas ailleurs.

Ce qui peut se produire à San Francisco et pas ailleurs au niveau de la culture tech, pour moi c’est des apps qui vont exploser, c’est des mecs qui vont avoir des investisseurs qui vont trouver des centaines de millions sans avoir un produit, sans avoir commencé à coder une application, enfin pour moi ça c’est inconcevable partout ailleurs, c’est vraiment la bulle technologique, l’argent a une autre valeur ici que dans le reste du monde. Et après au niveau de la ville en elle même, je trouve que c’est une ville qui est en train de se ranger par rapport à ce que c’était il y a quelques années. Je pense que le phénomène tech y est pas du tout étranger.

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Un conseil ?

Mon conseil, est à la fois tech et pas tech mais c’est vrai que ça s’applique très très bien dans ce que je fais, c’est vraiment de ne jamais arrêter d’apprendre. Parce qu’on est dans un monde qui évolue tellement vite, et on vit pendant 80 ans et c’est vraiment court, on n’aura jamais le temps d’en faire le tour, et je pense que spécialement professionnellement, le jour où tu as l’impression que tu as fini d’apprendre et que t’as tout compris, ça y est, tu es en dehors, t’es plus bon.

Le moment le plus difficile dans ta carrière tech ?

Je pense que le moment le plus difficile dans ma carrière tech et qui a réussi à faire que j’ai la carrière que j’ai aujourd’hui, c’est ma transition entre le VIE et trouver un boulot à San Francisco, et la raison c’est vraiment parce que j’ai eu l’impression de devoir tout apprendre.

Et c’était une catastrophe ! Je me souviens de mon premier entretien téléphonique, j’étais rentré en France à l’époque, donc je me réveille à minuit pour faire l’entretien téléphonique (avec Amazon je crois), et le mec commence à me poser quelques questions techniques, et je ne savais pas que je pouvais ne pas répondre à une question, j’avais tellement honte que je lui ai raccroché à la gueule. Ce moment-là, c’était vraiment très dur et j’ai vraiment passé six mois à, par moi-même, essayer de me trouver des petits projets et des trucs pour apprendre.

Qu’est-ce qui est difficile pour travailler à San Francisco ?

Je pense que pour avoir une carrière comme ça à San Francisco, la partie difficile c’est plus de l’obtenir ; ensuite une fois que t’es dedans, je pense que c’est pas super compliqué. À obtenir c’est assez difficile, notamment si tu viens de France, parce que déjà tu as une espèce de barrière de la langue, et le principe des visas qui est un peu ridicule et vraiment restrictif, ça te met vraiment des bâtons dans les roues ; si t’as pas déjà un pied aux États-Unis c’est vraiment difficile. Après une fois que t’es là, la vie est quand même relativement simple, t’as des horaires qui sont pas compliqués et t’as quand même une grosse marge de liberté et un confort de vie professionnelle, je trouve, qui est bien plus supérieur à tout ce que j’ai connu en France.

Je trouve que la liberté qui est donnée à l’employé est beaucoup plus importante, et le point principal pour moi, c’est que j’ai l’impression que tu es jugé en fonction de tes résultats, et pas en fonction de l’image que tu vas donner ou des horaires que tu vas faire. Typiquement, tous mes potes se foutent de ma gueule pour mes horaires, parce que ça m’arrive de faire du 11h-5h toute la semaine.

A San Francisco, tous les managers que j’ai eus et tous les supérieurs en général ne m’ont jamais empêché de faire comme ça, et ne m’ont jamais reproché de faire comme ça, et tant que j’ai les résultats qu’ils attendent, c’est tout ce qui compte. Et ça c’est vraiment un truc qui est super important pour moi, et qui me fait peut-être un peu peur pour rentrer en France.

Qui interviewer ensuite ?

Je pense que ça pourrait être intéressant d’interviewer mon pote Martin Pannier, qui est product manager chez Revinate. La raison pour laquelle je pense que ça serait intéressant c’est parce que c’est une startup B2B et je pense qu’en général dans les profils que vous avez c’est plus du B2C, et ça pourrait être intéressant aussi de voir ce qui pourrait être différent dans une B2B.

Pour contacter Nathan : LinkedIn, GitHub.

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