Nicolas Hazard, en tête de file de l’entrepreneuriat social

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Nicolas croit dur comme fer en l’entreprise pour améliorer les problèmes sociaux, et il consacre toute son énergie dans son combat. Et bien que son combat soit né en France, il l’a bien vite amené à être présent sur presque tous les continents.

Aujourd’hui, il explore de plus en plus l’intersection de la tech et de l’entrepreneuriat social, et nous fait un état des lieux passionnant des forces en présence.

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Présente-toi en quelque mots.

J’ai créé et suis président du “Comptoir de l’Innovation”, une société basée en France dont l’objectif est de développer l’entrepreneuriat social ; à la base, c’est un fond d’investissement, pour les banques ou particuliers qui souhaitent investir dans l’entrepreneuriat social. On était les premiers à développer ce type de fond, et mettre en valeur que l’entreprise peut avoir ce double impact.

En parallèle, on s’est dit qu’il y avait beaucoup de jeunes entreprises qui ont envie de se lancer, mais qui ne sont pas assez mûres pour recevoir des investissements, donc on a créé des incubateurs : un en Seine-Saint-Denis, un orienté tech avec la Mairie de Paris (le “Social Good Lab”), un en Tunisie, un à Hong-Kong, en Corée, au Canada, et depuis peu, aux États-Unis. Vu qu’en France, on a un gros savoir faire dans tout ce qui est “initiatives sociales”, on souhaite transformer ce savoir-faire en business, pour avoir un impact plus grand, à l’international.

Qu’est-ce que c’est exactement, l’entrepreneuriat social ?

L’entrepreneuriat social, c’est des boîtes, de toutes tailles, qui ont un modèle économique viable (pas basées uniquement sur de la subvention et des dons), et qui ont aussi un impact social important, en tentant de résoudre des problèmes de société (la santé, la dépendance des personnes âgées, le chômage, …)

Par exemple, parmi les boîtes qu’on a incubées à Paris, on a une boîte qui commercialise des robots très innovants, qui ont pour but d’interagir et accompagner les enfants autistes. On a aussi une appli pour tablettes qui permet de faire de la traduction simultanée en langue des signes.

Pourquoi ta présence à San Francisco ?

Je suis ici parce qu’il y a vraiment besoin de ce type d’initiatives dans la Baie, qui a des gros problèmes sociaux (grande disparité des richesses, les loyers qui augmentent dramatiquement, beaucoup de tensions dans les communautés, …), et de l’autre côté, les entreprises sont très demandeuses.

Du coup, on a créé une structure, qui s’appelle CALSO, dont l’objectif est de reprendre les modèles français d’entrepreneuriat social qui marchent, et les faire fonctionner en Californie, en partenariat avec les acteurs locaux qui sont là depuis longtemps (ce qui est très important dans le social).

Dans l’idéal, on souhaite lancer, ici en Californie ou peut-être à Austin, TX, un incubateur tech social, parce qu’on s’aperçoit qu’il n’y en a pas, alors qu’il y a beaucoup de startups sociales, et qu’elles ne sont pas véritablement accompagnées. Il y a énormément de jeunes ici qui ne veulent plus seulement créer leur startup tech pour prendre en valeur et revendre à Facebook et Google, mais qui préfèrent le faire dans l’intention d’avoir un véritable impact social.

Ce qu’on espère, c’est catalyser un véritable réseau international d’entrepreneurs techs sociaux ; et si ça peut permettre de susciter l’envie des entrepreneurs à créer de la valeur sociale, c’est encore mieux. On est aussi ici, dans le centre mondial de l’innovation, pour ça : on aime parler d’ “innovation sociale”, et on veut que les gens sachent partout dans le monde, que la Silicon Valley, le berceau de l’innovation, regarde aussi dans cette direction.

Très exactement aujourd’hui [NDLR : l’interview avait lieu le 25 novembre], Uber organise une opération spéciale pour amener gratuitement les vêtements des gens à Goodwill (organisme de dons de vêtements aux sans-abris). Comment ça se passe en interne d’une boîte comme Uber, ce type d’initiatives, et qu’est-ce qu’ils ont à gagner ?

Initialement, les entreprises faisaient du social pour des soucis de communication. Aux États-Unis, c’est certainement différent depuis un moment, la culture est plus philantropique qu’en France. Mais partout dans le monde, aujourd’hui, c’est en train de changer : les jeunes entrepreneurs aujourd’hui voient plus la création d’entreprise comme un moyen pour donner un sens à leur vie, et veulent que ce soit utile.

On se flagelle souvent, notre génération, à dire qu’on est des fainéants, mais ce phénomène positif est très propre à notre génération : on veut être plus conscients du monde dans lequel on vit, et on a beaucoup plus envie d’y contribuer. Je pense qu’on est aussi conscients que le moteur, aujourd’hui, c’est de moins en moins la politique, mais les entreprises, et que les entreprises ont donc un rôle à jouer pour rendre les sociétés plus inclusives.

Les boîtes font aussi ça parce que c’est aussi hyper important pour les salariés des boîtes, qui sont fiers de voir leur employeur pousser les choses dans le bon sens. Aujourd’hui, on travaille beaucoup avec des grosses entreprises, qui ont compris qu’elles pouvaient être moteur du changement. Elles ont pas tout compris, on a encore beaucoup de travail, mais ça va dans le bon sens. L’entreprise de demain, c’est une entreprise qui sait pertinemment qu’elle a un rôle social à jouer.

Qui interviewer ?

Vous devriez parler à Nicolas Bellego, qui gère les incubateurs tech de la Ville de Paris. C’est un type formidable, et qui contribue bien à faire grandir le secteur !

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