Paul Duan, le super-héros de la data science pour améliorer le monde

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Depuis qu’il a été le premier data scientist chez Eventbrite sur des sujets de détection de fraude, Paul est très conscient du pouvoir magique des algorithmes d’optimisation pour faire les bouger les choses. Il en est tellement convaincu, qu’il a fini par se demander ce qui se passerait si on utilisait exclusivement ces algorithmes dans le but d’améliorer ni plus ni moins que les plus graves problèmes au monde. La vingtaine à peine passée, il est alors frapper à la porte des gouvernements pour leur proposer d’optimiser leur société.

Donnez-lui un point d’appui, et qui sait, peut-être qu’il le soulèvera, le monde !

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Quel est ton parcours ?

Ça fait 3 ans que je suis en Silicon Valley. En France, j’avais commencé à faire un bout de prépa, mais j’étais aussi intéressé par les sciences sociales, donc je suis parti à Sciences Po Paris ; comme je voulais toujours faire des maths, je me suis inscrit en fac de maths sur le côté, mais j’ai fini à Berkeley ! J’y suis resté un peu pour finir mon bachelor en maths et mon bachelor à Sciences Po ; et finalement, je suis resté dans le coin.

Après un stage dans la finance (ça m’intéressait pas trop), j’ai cherché dans la tech. J’avais aucune expérience, mais j’ai eu un peu de chance : PayPal m’a fait une offre. Mais le jour où j’allais commencer, mon boss est parti pour Eventbrite ; donc je suis parti avec lui, plutôt ! J’étais leur tout premier data scientist, donc j’ai appris un peu sur le tas, il m’ont fait beaucoup confiance. Ensuite, j’ai commencé à me faire connaître un peu dans le domaine, participé à des compétitions, gagné des prix, … Vu que j’étais le premier data scientist chez Eventbrite, j’ai vite gagné en responsabilités.

Et c’est là que les galères de visa ont commencé !
Il y a même un article sur mon parcours visa, sur le site de FWD.us ! [NDLR : FWD.us est le lobby tech pour la réforme d’immigration.] J’étais toujours chez Eventbrite, mais il a fallu que je parte à Londres pendant un temps.

Quand j’ai pu revenir, je me suis remis dans le train-train de la Silicon Valley, et ça m’a donné des envies d’entrepreneuriat. Ça faisait un moment que j’avais l’idée de faire un truc social. Je me disais : si je suis capable d’améliorer les détections de fraude d’Eventbrite de 20%, je dois pouvoir améliorer des trucs fous pour des millions de personnes à la fois, avec les mêmes techniques.

Tu as des exemples ?

Par exemple, dans le domaine de la justice, aux USA, il y a environ 1 million de personnes par an qui passent en liberté conditionnelle ; mais le taux de récidive est de 2/3. Les décisions sont prises sur des critères approximatifs… Et pendant ce temps, les prisons sont à 200% de capacité ! Améliorer la prise de décision sur les libertés conditionnelles aurait un impact énorme sur la société, avec effet immédiat.

Aussi, des milliers de gens meurent en attendant des ambulances chaque année ; et ça coûte des milliards de dollars d’investissements pour améliorer ces infrastructures. De leur côté, Uber et Lyft arrivent à mettre en place des algorithmes pour prédire les endroits où il y aura plus de besoins, et optimiser les temps d’attente. Pourquoi ne pas appliquer ce type d’algorithmes aux ambulances ou aux pompiers ?

Aussi, en France, par exemple, on sait que Pôle Emploi est inefficace, les gens sont débordés… Beaucoup de décisions doivent être prises une par une par des services sous-staffés. Imagine : tu travailles sur un algorithme, et la mesure de ton succès, c’est la baisse du taux de chômage d’un pays entier !

Et du coup : Bayes Impact vient aider sur tout ça !

Exactement.

Au début, Bayes Impact, c’était juste une petite page web avec l’idée de ce qu’on voulait faire, pendant que j’étais encore chez Eventbrite. Trois semaines plus tard, YCombinator [NDLR: le plus respecté des incubateurs de startups au monde] nous a appelé sans qu’on s’y attende, parce qu’ils cherchaient à inclure une non-profit pour la prochaine promo, qui commençait dans 3 jours !!
J’ai pris mon après-midi, j’ai tout préparé, et… on a été pris ! J’ai quitté Eventbrite du jour au lendemain, c’était pas très cool pour eux, d’ailleurs… Mon pote a quitté son job aussi. Ça fait 6 mois, et maintenant, on est 15, on a des projets plutôt cools, et on recrute que des gens avec des backgrounds solides en data science, qui viennent de chez Google, Facebook…

L’ambition, c’est d’être une ONG qui conseille les gouvernements pour les aider à optimiser leurs problèmes critiques avec des algorithmes (allocation d’organes, optimisation de la distribution d’ambulances, …) ; un peu comme la World Bank conseille les gouvernements sur des sujets financiers.
Il y a d’autres gens qui font de la data science non-profit, mais souvent sur des petits projets ; nous, on veut directement conseiller les gouvernements. C’est pour ça qu’on ne recrute que des gens solides ; on veut résoudre les problèmes depuis en haut.

Pourquoi la Bay Area ? Quelles différences avec l’Europe ?

Au sujet de la data science, la Bay Area, c’est clairement la Mecque du sujet, là où il y a les plus gros talents. Stanford et Berkeley sont juste là, et il y a les boîtes comme Google, Facebook, …

L’éducation est différente aussi, les campus sont réellement architecturés pour l’innovation. En France, on t’apprend plus à avoir des idées que d’autres gens vont implémenter, alors qu’aux US, on te pousse à faire les choses toi-même. Aussi, l’éducation en France est en silos, c’était pas simple de vouloir faire des maths et sciences po en même temps, chaque domaine est dans son coin ; alors qu’aux US, le mélange est encouragé. T’as 40 000 personnes à Berkeley qui discutent ensemble, se regroupent, construisent ensemble, et pourtant sont dans des domaines différents.

Aussi, monter une boîte comme ça, je ne pourrais pas faire ça en France, il y a une grosse difference de culture à l’entrepreneuriat. En France, quand les gens voient arriver un gars de 22 ans, ils se disent “il veut un stage ?” (rires) Ici, je peux directement aller parler aux CTOs et être pris au sérieux, aller parler aux data scientists chez Google et les recruter. Quand tu es jeune entrepreneur ici, les portes s’ouvrent plus facilement.

Les moyens sont aussi plus solides et l’écosystème est plus mature à San Francisco qu’ailleurs. On rêve un peu plus gros ; ce qu’on cherche, c’est le prochain Steve Jobs, le prochain Mark Zuckerberg. Il y a plus de capital, il y a plus de programmes comme YCombinator, …

Sam Altman, le président de YCombinator, dit que l’état naturel d’une startup, c’est de mourir. Mais avec cet écosystème, ces moyens, cette culture d’entraide, on aide à contrer la malédiction de l’échec. C’est tout-à-fait possible ailleurs, mais c’est beaucoup plus dur.

Qui devrions-nous interviewer ?

Vous devriez rencontrer Pierrick Bouffaron, c’est le “Science & Technology Officer” du consulat français à San Francisco.

Ou aussi Sarah Burgaud, qui travaille à CALSO, qui est focalisé sur l’entrepreneuriat social.

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