Rencontre avec Nicolas Dessaigne, CEO d’Algolia

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Lorsqu’on demande à Nicolas de se présenter, il commence par nous dire qu’il est co-fondateur et CEO d’Algolia et également heureux papa de 3 enfants. On sent tout de suite que la conversation va être profondément humaine et intéressante. Elle fut passionnante. Rencontre avec un entrepreneur qui voit loin.

Bonjour Nicolas, qu’est-ce qu’Algolia pour ceux qui ne connaissent pas?

Algolia est une startup qui a été créé en octobre 2012. Nous fournissons aujourd’hui une API de Search pour aider les développeurs à délivrer dans leurs applications une expérience de recherche intuitive pour leurs utilisateurs.

Quel est le parcours qui t’a mené à la création de cette startup ?

Je suis originaire de la Mayenne (Pays de la Loire). J’ai fait l’ESIEA, une école d’ingénieurs à Paris. J’ai eu l’occasion de partir un an et demi à Tokyo. Je travaillais dans un laboratoire de recherche informatique en partenariat avec le labo de Nantes. Tokyo fut très formateur. L’avantage du Japon c’est que c’est tellement différent ! La culture est unique, ça t’apprend à être plus tolérant à voir le monde avec un œil différent, à éviter les clichés. Le professeur qui m’avait suivi durant mes études m’avait conseillé de faire une thèse, je suis donc parti faire un doctorat en entreprise à Arisem (société de text mining).

Tu as donc connu la bulle Internet ?

Oui je suis rentré chez Arisem en 2001 en pleine ébullition d’Internet. Je crois que je devais être le 100ème employé. Quelques années plus tard on n’était plus que 25. J’ai donc bien vécu l’éclatement de la bulle internet.  Une grosse partie de nos clients étaient des startups, du coup ils ne nous ont jamais payés. La boite a finalement été rachetée par Thales. Toutes les expériences dont celle-ci te servent pour la suite. Plus tu vis d’expériences plus ça t’aide à mieux faire derrière.

Et ensuite ?

Je suis parti chez Exalead en 2010 juste au moment du rachat par Dassault Systèmes. J’ai eu la chance de diriger l’équipe produit et y ai beaucoup appris. Mais j’avais au fond de moi l’envie d’entreprendre et quand j’ai eu l’opportunité de créer Algolia avec Julien Lemoine mon co-fondateur, je m’y suis lancé avec enthousiasme. J’avais déjà travaillé dans le passé avec lui chez Thales et chez Exalead. On était resté assez proche et nous partagions le même point de vue sur l’entrepreneuriat. Julien était dans la même démarche et le moment était là pour nous.

Vous avez décidé de créer Algolia autour d’une bière?

C’est un peu ça oui ! Julien était en train de bosser sur le projet depuis quelques temps depuis 2012. On se voyait de temps en temps pour avancer et on s’est finalement lancé fin mai. Le 1er juin, le lendemain de la décision de nous lancer, je suis allé voir mon patron lui annoncer que je créais ma boite.

De là j’imagine que tout s’accélère ?

Oui on a créé la société en octobre 2012. On lance notre premier produit fin novembre, un moteur de recherche capable de tourner sur un mobile. Ce produit a très bien marché techniquement mais le marché n’était pas demandeur pour acheter. Le besoin technique était là, l’intérêt marché l’était moins. On a trouvé quelques clients intéressants tels des guides touristiques offline mais hormis quelques niches c’était tendu. En revanche la rencontre avec nos prospects nous permettait de valider le fait qu’ils adoraient l’expérience utilisateur, l’ergonomie, la gestion des typos mais ils souhaitaient le service online. Ce fût un indicateur fort.

On a donc gardé le cœur du moteur et on a développé les couches nécessaires pour le proposer en SaaS. Démarrer par le mobile nous a permis d’être très en avance par rapport à nos concurrents. Notre ranking par exemple est complètement diffèrent et beaucoup plus approprié lorsque l’on recherche des petits objets comme des contacts dans un réseau social ou des produits sur un site e-commerce.

Parle-nous de ta levée de fonds ?

Quand on a voulu accélérer, on a commencé à chercher des investisseurs fin mai 2013. Le closing s’est fait fin septembre. 1,2M€ à deux, c’est assez rare, on s’en est bien sorti. Cela nous a permis de lancer le produit en septembre et de recruter. Aujourd’hui on est 6.

Comment est constituée l’équipe ?

Il y a 3 personnes très techniques, Julien mon co-fondateur et CTO, Sylvain notre VP Engineering, et Xavier qui est développeur. Nous avons aussi Gaëtan en charge du business development et Maxime côté marketing. Et moi, plutôt multitâche. Côté tech, les tâches peuvent être de très bas niveau sur le cœur du moteur de recherche, mais il y a aussi la couche d’API, les clients d’API qui facilitent l’intégration de l’outil, le front, et la partie “démonstrations” avec les exemples d’usage de notre moteur, mis en open source. On recrute un développeur front-end pour améliorer toute la partie front d’ailleurs (démos, interface d’administration, écrans).

Etre père de 3 enfants ça a des conséquences dans la vie d’équipe?

Ca joue forcement sur la vie de tous les jours. Etre père n’a pas joué dans le choix de monter la startup. J’en avais deux déjà à l’époque et j’étais conscient des risques. Cela joue plutôt dans l’organisation au quotidien. Mon co-fondateur a aussi un enfant et on sait tous les deux qu’on peut avoir des demandes familiales qui précèdent d’autres priorités. C’est aussi plus d’organisation pour changer de pays par exemple.

La suite de l’histoire se passe où ?

Une partie du marché est aux USA, j’y allais donc régulièrement et lors d’un séjour à San Francisco en octobre, j’y ai rencontré plusieurs alumnis de Y Combinator (le plus connu des accélérateurs créé par Paul Graham en 2005). Ils m’ont convaincu de retenter car on avait déjà postulé mais n’avions pas été pris. Finalement ça a payé et nous avons suivi avec toute l’équipe 3 mois de programme intensif. On est donc parti à 6, et avons loué une maison à Menlo Park. Avec le recul je pense que cette période a été clef dans le succès de la boite. Nous avions l’entreprise et sa croissance pour seul objectif. Nous baignions en plein dans la culture de l’entrepreneuriat.

Quel est l’objectif du programme de Y Combinator ?

L’idée de l’accélérateur est de sélectionner des startups – on était 76 boites sur 3000 candidatures reçues – et de faire gagner du temps dans tous les domaines. Leur objectif est que tu conquières le monde. Ils ne maternent pas. Il n’y a pas de bureaux, seulement un rendez-vous hebdomadaire, le dîner du mardi soir où ils font intervenir des entrepreneurs – les fondateurs d’AirBNB, Mailchimp, Pinterest – qui racontent leur histoire et répondent aux questions. C’est aussi bien sûr un très bon tremplin si tu veux lever des fonds. Tu te retrouves à rencontrer des gens que tu ne voyais que dans les journaux, ca te motive complètement. Le mindset c’est de t’encourager. Quand tu dis « je veux devenir le prochain Google » tout le monde t’encourage, c’est très motivant. A Paris, on te dirait plutôt que tu es fou.

Vos projets de croissance ?

On a fait près de 50% de croissance de chiffre d’affaires tous les mois depuis le début de l’année et nous avons aujourd’hui plus de 150 clients payants dans 25 pays. A partir de là: the sky is the limit ! On veut être une entreprise qui dure dans le temps,  on est parti pour être les leaders sur notre marché, on a beaucoup à faire dans le search encore. C’est l’avantage du SaaS, l’agilité est très forte et on peut faire évoluer le produit très rapidement.

Niveau implantation, on est rentré mi-avril des USA, mais j’y repars le week-end prochain. Notre société est maintenant américaine avec une filiale française. On recherche un sales guy à San Francisco d’ailleurs. Probable qu’une partie de l’équipe déménage là-bas. La question maintenant, c’est de savoir qui et quand.

Est-ce stratégique de rester aussi basé à Paris ?

Oui car il est plus facile de recruter de bons ingénieurs, loyaux. C’est un gros avantage compétitif par rapport à San Francisco. Maintenant le défaut principal c’est la time zone.

Pourquoi tu ne t’es pas lancé plus tôt dans une aventure startup ?

Aujourd’hui les gens sortent d’école et créent tout de suite leur boîte. Je n’avais pas ce réflexe-là à l’époque. Je pense que les ainés ont montré le chemin. Tout pousse à se bouger plus tôt de nos jours. Il y a le côté inspirationnel des Google ou Facebook qui n’existait pas en 1999. Maintenant ces success stories sont transformées en films ! Et tu as la facilité de créer, tu peux créer une boite avec 3 fois rien. Tu n’avais pas tous les services SaaS disponible aujourd’hui à l’époque.

Quel serait ton conseil pour ceux qui veulent se lancer ?

Faites bien attention à l’environnement dans lequel vous évoluez. Bien s’entourer est primordial. Si tu t’entoures de personnes pessimistes, même avec la meilleure volonté du monde, tu n’y arriveras pas. Si tu veux entreprendre, une grosse part du succès vient des gens qui te soutiennent. Il faut aussi évoluer dans un milieu de startups qui vivent les mêmes peines et joies que toi pour te soutenir. L’important c’est d’être aussi dans le même écosystème. Mieux vaut être avec les leaders d’opinion. Je dirai que si ton business est dans la tech ou que si tu veux créer un nouveau réseau social, il faut être dans la Silicon Valley. Si tu as un business qui demande de lever des fonds, San Francisco sera aussi le mieux placé. En revanche il est vrai que les coûts y sont aussi très élevés.

La prochaine personne à interviewer selon toi ?

Florian Douetteau de Dataiku

Pour contacter Nicolas Dessaigne: Twitter, LinkedIn.

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