Xavier Mouton-Dubosc, le développeur aux mille vies

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On souhaitait raccourcir l’interview mais on n’a pas réussi. Du code à Wikileaks en passant par Londres, Epitech, l’opensource et l’élite technologique: Xavier a un avis – bien tranché – sur de nombreux sujets. Questions-réponses du tac au tac avec un développeur aux mille vies.

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Peux-tu te présenter en 140 caractères ou presque ?

Je suis un développeur web plutôt expérimenté, qui travaille principalement par passion et qui a eu la chance d’avoir plusieurs vies auparavant.

Parle-nous de ces vies antérieures !

Mon premier boulot était régisseur chez FMR, une importante radio associative de Toulouse. J’aimais dire que j’étais « dresseur de punks à chiens » car l’ambiance était plutôt très rap et j’essayais de faire en sorte que ça reste présentable.

De 2000 à 2007, j’ai co-lancé l’industrie de logos et portables en étant concepteur-rédacteur chez Index Multimedia. J’écrivais des textes et des publicités pour Clara Morgane, Les Voix des Guignols, rien à voir avec le développement. Je ne donnerai plus mon adresse maintenant que vous savez que j’ai créé les 6.22.22 et 8.12.12 !

Comment as-tu découvert le code ?

J’ai la chance d’avoir toujours été autodidacte et d’avoir vécu une jeunesse où lorsque l’on allumait un ordinateur on avait un langage de programmation. On ne pouvait pas lancer un jeu sans avoir à faire un load ou un run. J’ai observé la demoscene, ce que produisent les demos makers, c’est à dire l’ensemble des demos sur ordinateur qui sont des excellentes démonstrations de codes, de graphisme, de musique. Cela m’a énormément inspiré.

Tu codes en quoi ?

Php, javascript, je fais du Ruby, Python. Et je profite de cet été pour apprendre le Rust, langage ardu mais qui a des possibilités fabuleuses.

Tu apprends comment ?

Par la motivation. Je me dis : je vais faire deux, trois projets en parallèle dans différents langages pour voir les résultats. On apprend la finesse, on découvre d’autres méthodes, c’est vraiment enrichissant.

Quel regard tu portes sur l’ecole42, Epitech ?

J’en suis jaloux ! Parce que la plupart des écoles que j’ai connu apprennent juste en un bac+5 à être développeur et au bout de 5 ans tu deviens chef de projet. Ce qui veut dire que tu n’as pas de passion et de plaisir alors que ces 2 types d’écoles t’apprennent à apprendre. Tu gardes une créativité et pour moi il y a vraiment une créativité artistique dans le code. On retrouve la même créativité que chez les musiciens, les comédiens. Il n’y a pas que de la science mathématique pure.

Tu n’as jamais pensé à aller voir outre-Atlantique ?

Dans l’immédiat ce n’est pas outre-Atlantique qui m’intéresse le plus mais plutôt Londres parce que je trouve cette ville plus cosmopolite, j’y ai des amis et les autres nations sont à moins de 2h de vols, ce qui veut dire qu’il y a davantage de richesse culturelle.

Tu tiens un blog depuis longtemps

Oui, à force de lire Tristan Nitot et Daniel Glazman sur Dotclear j’ai démarré le mien en 2002. J’y raconte ma vie et ses petits « à côté ». Cela me permet aussi d’avoir un support pour mes émissions radios et mes chroniques BD. Des fois je suis surpris que certains textes fassent bouger des choses. Récemment, lors du dernier Sud Web, Pablo Pernot a fait une conférence dont le thème était « pourquoi sommes-nous là ? ». J’ai répondu avec un texte qui a permis beaucoup d’échanges.

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L’éthique est un sujet de prédilection pour toi. Pourquoi?

J’ai 40 ans, quand j’ai fait option informatique au lycée, la CNIL signifiait quelque chose à l’époque et nous protégeait de l’état.  Disons que j’ai connu l’industrie musicale quand elle était une fille dépensière. Quand j’ai eu les premiers problèmes avec les mesures techniques de protection contre la copie (DRM), puis lorsque j’ai vu arriver celles contre le terrorisme en 2001 et contre la pédophilie, je me suis dit qu’Internet deviendrait un minitel où tout serait bridé. A partir de là j’ai eu une prise de conscience, je me suis dit que nous les techniciens, ceux qui construisent Internet, nous avons un devoir parce que nous sommes une élite technologique et que nous devons faire aller les choses dans le bon sens.

Lutte contre le terrorisme, lutte contre la pédophilie : on a l’impression que tu n’es pas pour ?

Ce sont des épouvantails. On fait passer pour moral quelque chose de totalement inacceptable qui est la restriction des libertés individuelles. Pour finir par une analogie : c’est comme quand une secte fait une quête en disant que c’est pour aider les drogués. 

Que penses-tu de Wikileaks ?

Bonne question. Je pense qu’on a malheureusement en France moins de libertés journalistiques que dans d’autres pays. Wikileaks est un formidable outil pour la lutte contre la surveillance globale. C’est un relais indispensable pour les lanceurs d’alertes qui ont toujours existé.

As-tu une expérience personnelle vis-à-vis de la surveillance Internet ?

Comme tout le monde j’ai forcément quelque chose à cacher.

Un conseil à donner à nos lecteurs ?

Gardez l’œil ouvert, restez passionné et regardez souvent à coté. Cela permet de changer de point de vue et donc de résoudre des problèmes.

Des pièges à éviter ?

Ne restez pas isolés et collaborez au plus vite à des projets open source. Je ne l’ai pas fait suffisamment tôt et je m’en mors profondément les doigts. Et relisez les standards énormément ! Collaborer aux standards est une voie royale. Cela apporte une visibilité et une relecture critique par des personnes tierces. Ca permet aussi des encouragements et c’est parfois ce dont on a besoin pour continuer.

La prochaine personne à interviewer ?

Paul Rouget de Mozilla, c’est quelqu’un que l’on connaît trop peu.

Pour contacter Xavier: Twitter

Crédits photos: Brice Favre et Frank Taillandier

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